Violence armée, un envoûtement de l’émancipation de la politique populiste en Haïti.
La situation de violence armée, qui se répand de plus en plus dans le pays, est un objet d’achoppement à la société pendant sa grande période de tâtonnement pour se rapprocher de l'idéal démocratique; et ce, depuis plus de trois décennies.
Depuis la chute des Duvalier, le 7 février 86, la violence armée a changé de camp. Elle devient l'outil répressif de l'expression politique des antagonistes pour le maintien des pouvoirs (politique et/ou économique) dans une société nouvellement embarquée sur la voie démocratique. Ce virement démocratique, entaché d'une émancipation politique de tendance populiste, a été dans ces premiers jours une carte blanche pour faire régner la terreur et traquer les duvaliéristes, particulièrement les Tontons Macoutes, comme ces derniers avaient eux-mêmes exterminés les cochons créoles. Ainsi évoque-t-on, à la tête de l'État, les Duvalier abusaient du monopole de la violence légitime à leurs propres intérêts afin de consolider leur régime. Un régime qui s'est substitué à l'État. En lieu et place de l’État comme représentant légitime du politique, c'est plutôt “Papa et Baby Doc” qui jouaient ce rôle. Ils ont forgé un État à fort potentiel liberticide !
La violence armée au temps des Duvalier marque l'esprit d'une société d'enfermement, où la violence s’est maintenue ou est utilisable seulement par le régime d'alors. Ce qui est tout à fait compréhensible parce que, ce régime se caractérise par une politique répressive en interdisant des partis d'opposition, en instaurant le règne de l'arbitraire et un autoritarisme qui s'appuie sur une partie de l'Armée et une milice paramilitaire, dénommée les Tontons Macoutes. Ces derniers, à l'instar des nazillons et les sbires, si on peut les appeler ainsi, sont les acteurs par lesquels le pouvoir duvaliériste a hanté la société par l'outil de la violence armée.
L'ère démocratique qui s'ouvrait à la société en 1986 n'a pas permis de stopper la violence armée. Si sous les Duvalier, la violence est inscrite dans un ordre d'accès fermé ou limité parce que la violence était unilatérale, elle venait directement du pouvoir, pas le moindre, et du pouvoir seulement. Sous l'égide démocratique, elle est appropriée par des secteurs politiques, qu’ils soient à tendance de gauche ou de droite, émergeant dans une nouvelle dynamique émancipatrice de la politique, ainsi que par des groupes d'individus et même par un simple individu. La rivalité permanente des acteurs politiques pour l'accès au pouvoir est toujours marquée par la violence armée. Certaines organisations politiques trouvent le moyen d'exister grâce aux craintes qu’elles suscitent. Cette situation fait état d'enracinement depuis le début des années 86. Ce qui permet de dire que la montée de la violence armée est une pure construction sociale liée au processus d'une émancipation politique à caractère populiste.
La réalité dans son ensemble c'est qu’à l'aune des duvaliéristes, des démocrates autoproclamés et toujours sous le manteau des pratiques de l'impunité et avec la complicité active des autorités, des politiciens et d’une frange de l'élite économique, la violence armée est utilisée par la FAd'H à travers le massacre à la ruelle Vaillant, celui de Saint Jean Bosco, le Coup d'Etat du 30 septembre 1991; des groupes paramilitaires comme les Zenglendos, le FRAPH, le groupe civil armé dénommé l’Armée Rouge à Cité-Soleil, l'opération Bagdad; des bandits légaux ou illégaux par-ci par-là. La violence armée devient très populaire comme moyen qui peut faciliter certains secteurs ou n'importe quel groupe isolé ou pas, d'atteindre leurs buts.
Aujourd'hui, la violence armée acquiert un statut de normalité à force de faire partie de la vie quotidienne. En effet, Laënnec Hurbon a bien eu raison de souligner que “Ce qui frappe les observateurs et rend sans parole les victimes de la violence, c’est d’abord que la violence qui avait pour cible les opposants à la dictature de la famille Duvalier établie de 1957 à 1986, atteint aujourd’hui tout individu sans aucune distinction de son appartenance politique, de son quartier, de son âge ou de son sexe. Potentiellement l’insécurité est devenue la marque de la vie quotidienne, sans qu’on puisse l’attribuer de manière explicite à l’Etat.”
Peterson Blanc
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