Agressions sexuelles et attouchements lors d’un festival : “Tolérance zéro”, martèle le MCFDF
Les images ont circulé. Et elles ont glacé une partie du pays. Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrant de jeunes filles harcelées et abusées lors d’un festival dans le Nord ont déclenché une onde de choc. Ce lundi, la Direction départementale Nord du Ministère de la Condition Féminine et des Droits de la Femme (MCFDF) a publié une note où elle dit toute sa « vive indignation » face à ces faits. Une condamnation ferme, sans détour. Mais au-delà du langage officiel, cette affaire pose une question dure : pourquoi des lieux de fête deviennent-ils des zones de danger pour les femmes et les filles ?
Dans sa note, signée par Philoria Mompoint, directrice départementale, le ministère ne se contente pas de dénoncer. Il rappelle que de tels actes, attouchements sans consentement, harcèlements, sont des agressions sexuelles passibles de sanctions légales. Il appelle les victimes à sortir de l’ombre, à porter plainte, à se regrouper pour que justice soit rendue. Et il invite toute personne disposant d’informations à coopérer avec les autorités compétentes. « Tolérance zéro pour les violences faites aux femmes », martèle la note publiée lundi.
Ce qui s’est passé au festival résonne avec une tendance plus large dans le pays. En Haïti, l’insécurité généralisée liée à la montée des gangs et à l’effritement de l’ordre public a contribué à une explosion des violences basées sur le genre, particulièrement contre les femmes et les filles. Selon des données récentes de l’ONU, entre janvier et novembre 2025, près de 70 % des cas de violences sexuelles signalés ont impliqué un viol ou une agression sexuelle dans un contexte où l’accès aux soins urgents reste limité.
C’est un chiffre qui fait réfléchir. 1 692 cas de violences fondées sur le genre, nombreux parmi eux en lien avec les violences de rue ou les déplacements forcés. Des violences que les victimes peinent souvent à signaler, tant la peur, la stigmatisation et la défiance envers les forces de l’ordre freinent les démarches.
Au-delà des chiffres, des femmes racontent. Des récits glaçants, survivantes d’agressions, parfois commises en groupe par des membres de gangs, sont partagés par des organisations médicales ou humanitaires, qui décrivent une banalisation inquiétante de ces actes.
Le ministère ne le dit pas en ces mots, mais le message est là : il faut briser le silence. Encourager les victimes à parler, à signaler, à chercher soutien et protection. Sans minimiser les traumatismes, mais en ouvrant une piste vers une réponse collective. C’est aussi un appel à la communauté, à ceux qui ont vu, entendu ou filmé : ne détournez pas le regard.
Est-ce suffisant ? Non. Aucun communiqué n’efface des séquelles psychologiques. Aucun engagement ne remplace une vraie protection, un système judiciaire efficace et des services de soutien accessibles. Mais c’est une première étape. Une prise de parole institutionnelle indispensable dans un pays où les violences basées sur le genre ont tendance à se normaliser dans le quotidien.
Ce festival devait être un moment de joie. Il s’est transformé en traumatisme pour beaucoup. Que la justice fasse son travail, que les victimes obtiennent réparation, c’est la demande implicite de cette note, et celle d’un pays qui a trop longtemps fermé les yeux.
Et maintenant ? L’enjeu est de transformer cette indignation en actions concrètes, durables, visibles. Non seulement pour répondre aux faits condamnés dans la note, mais pour changer la donne dans chaque coin de ce pays qui a tant besoin de sécurité, de respect, et de dignité pour ses filles et ses femmes.
Abigaelle PIERRE
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