Expédition de colis et courriers : le trajet Cap-Haïtien/Port-au-Prince se paie à prix d’or

Les compagnies de transport terrestre reliant Cap-Haïtien et Port-au-Prince ont fortement augmenté leurs tarifs. La fermeture du bureau de l’Office des Postes d’Haïti de Cap-Haïtien et les multiples postes de péage des groupes armés font grimper la facture, au point qu’un envoi de document devient un luxe pour les familles.

Crédit Photo: Le Courrier de la Nation
Expédition de colis et courriers : le trajet Cap-Haïtien/Port-au-Prince se paie à prix d’or

Expédier un courrier, un colis entre les deux principales villes du pays est devenu une opération coûteuse, stressante et incertaine. Les compagnies de transport terrestre qui assurent les liaisons Cap-Haïtien /Port-au-Prince, notamment Rotation, Sans Souci, Grand Nord et Haïti Trans, ont augmenté leurs tarifs de façon spectaculaire. Résultat : 1 500 gourdes sont aujourd’hui exigées pour transporter un simple chèque.

La hausse des prix des services de transport de colis et de courriers n’est pas passée inaperçue. Pour de nombreux usagers, envoyer un document important ou un paquet n’est plus une simple formalité. Cela devient un choix financier difficile à assumer. « J’ai besoin d’envoyer une enveloppe blanche contenant un chèque à Cap-Haitien, mais le prix est trop élevé. On dirait qu’il faut payer un luxe pour quelque chose qui devrait être simple », confie un habitant de Port-au-Prince.

Si ce dernier a pu se rétracter, d’autres n’ont pas eu le choix. « La semaine dernière, j’ai payé 1 500 gourdes pour qu’une compagnie transporte le chèque d’une ancienne collègue qui vit désormais à Cap-Haitien » nous a indiqué, reçu à l’appui, une cadre de l’administration publique.

Les transporteurs justifient ces hausses par la situation sécuritaire et les nombreux postes de péage contrôlés par des gangs armés et des groupes d’autodéfense sur l’axe routier. Selon plusieurs témoignages, les chauffeurs doivent s’acquitter de contributions à plusieurs reprises avant d’arriver à destination, ce qui augmente automatiquement le coût final du service.

« Les compagnies n’ont pas le choix : s’ils refusent de payer, ils ne passent pas. Alors ils doivent répercuter ces frais sur les clients », explique une source proche des compagnies. « Les compagnies doivent payer des centaines de milliers de gourdes par mois à certains gangs pour circuler sans être inquiété » a-t-il poursuivi.

Ce sont les ménages modestes, les travailleurs indépendants, les étudiants et les petits commerçants qui subissent le plus cette hausse. Envoyer un dossier scolaire, une pièce administrative, un chèque ou un colis devient une charge supplémentaire, parfois insupportable.

« Je devais envoyer des documents pour l’enregistrement d’une organisation, j’ai dû débourser 2 500 gourdes pour le transport d’une enveloppe jaune contenant moins de 30 pages », déplore un étudiant de Cap-Haïtien.

Cette situation est aggravée par le dysfonctionnement de l’Office des Postes d’Haïti. Le bureau de Cap-Haïtien est fermé depuis plus d’un an, privant les habitants d’un service public pourtant essentiel. Les retards, la fermeture des bureaux et l’absence de suivi fiable des envois ont poussé les citoyens à se tourner vers les transporteurs privés.

En l’absence d’un service postal fonctionnel et les fréquents interruption de vols, la population n’a d’autre choix que de recourir aux compagnies de transport terrestre. Mais ces compagnies, elles-mêmes contraintes par l’insécurité et les postes de péage, augmentent leurs tarifs. Ainsi, la hausse des prix devient un mécanisme automatique, auquel les citoyens ne peuvent échapper. « On dirait que tout se vend maintenant, même le simple fait d’envoyer un colis. Les compagnies ne tiennent plus compte du poids. J’ai récemment payé 7 500 gourd pour un backup solaire de 500 watts alors que le billet est à 6 000 gourdes dans cette même compagnie et je n’aurais pas à payer un centime de plus si j’avais décidé de faire le voyage avec le backup comme bagage », se plaint un commerçant.

Pour que l’expédition de colis et de documents redevienne accessible, il faudrait à la fois restaurer un service postal fiable et sécuriser les routes. Sans une amélioration de la sécurité, les transporteurs continueront de subir des coûts supplémentaires. Et sans un Office des Postes fonctionnel, les citoyens resteront dépendants des services privés, coûteux et parfois incertains.

Stevens JEAN FRANÇOIS


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