Sans tambours ni trompettes, l’Artibonite danse à contretemps

À l’approche du week-end pascal, l’Artibonite compte, une fois de trop, ses morts. La population qui, à pareille époque, faisait vibrer les routes au son des vaksen des bandes rara raconte aujourd’hui l’horreur des récentes attaques du gang « Gran Grif ». Les drapeaux colorés des bandes rara n’envahiront pas cette année les carrefours des villes de ce département connu pour sa richesse culturelle.

Crédit Photo: Le Monde
Sans tambours ni trompettes, l’Artibonite danse à contretemps

Cette année, la population artibonitienne ne se pose plus la question. Elle sait que si elle doit bouger ce sera pour fuir la fureur des gangs armés. Si elle va chanter, ce sera à cause de la douleur. Si elle va marcher ce sera pour grossir le nombre des déplacés internes. Tout cloche ! Les instruments et musiciens des emblématiques bandes rara sont là, pourtant c’est le crépitement des armes automatiques qui emplit l’air. Les porte-drapeaux des bandes ne viendront pas annoncer la joie. Les bandits surarmés sèment le deuil et la désolation.

Dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars 2026, le gang « Gran Grif » a encore frappé. La localité de Jean-Denis, dans la commune de Petite-Rivière de l’Artibonite, a été la cible d’une attaque menée par le groupe armé membre de la coalition de gang dénommée Viv Ansanm. Contrairement aux chiffres avancés par la Police Nationale d’Haiti (PNH) qui a fait état de 16 morts, le bilan est plus lourd.

« Au moins 70 morts dans des attaques brutales et coordonnées contre plusieurs localités de Petite-Rivière-de-l’Artibonite : cette violence aveugle est un nouveau rappel de l’urgence d’un soutien renforcé à Haïti contre le fléau des gangs et les réseaux qui les soutiennent », a écrit sur X le Représentant de l’ONU en Haïti Carlos Gabriel Ruiz Massieu,

Alors que les forces de l’ordre ont indiqué être à pied d’œuvre dans le département de l’Artibonite, des sources concordantes font plutôt état d’avancées significatives des bandits notamment à Marchand Dessalines. Une situation qui contraste avec la période où le week-end pascal rimait à Marchand Dessalines, Saint-Marc, Petite-Rivière de l’Artibonite ou Verrettes avec grandes mobilisations populaires. Des foules compactes, des marchandes installées dès l’aube, des groupes venus de loin pour croiser le fer musicalement. Une économie informelle qui respirait, le temps de quelques jours.

Aujourd’hui, avec les axes routiers jugés risqués, les déplacements nocturnes déconseillés entre autes, comment maintenir de grandes manifestations culturelles dans un climat où la peur circule plus vite que les fanfares ? La question dépasse le simple cadre festif puisque le rara n’est pas qu’un folklore saisonnier. Il structure des communautés, encadre des jeunes, canalise des énergies. Il raconte aussi une histoire, celle d’un pays qui, même dans la tourmente, trouve une manière de marcher en rythme.

Et une question qui flotte dans l’air chaud du carême : comment sommes-nous arrivés là ?

Stevens JEAN FRANÇOIS


Aucun commentaire

Contributions

Aucun commentaire !

Soyez le premier à commenter cet article.

Même rubrique

Les articles de la même rubrique


Adieu 2025
Solino has fallen

Abonnez-vous à notre infolettre

Saisissez votre adresse e-mail pour recevoir une notification par e-mail de chaque nouvel article.

Rejoignez les 3 060 autres abonnés!

Appuyer sur la touche "Entrée" pour effectuer une recherche.

Articles populaires

Paramètre du site

Thème