La violence, un empêtrement inextricable dans la dynamique des mouvements populaires.

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Haïti est marquée par de mouvements populaires qui veulent le plus souvent renverser des gouvernements établis, jugés irresponsables face à l'inefficacité de leurs actions entreprises pour la bonne marche des affaires publiques. Ces mouvements, généralement porteurs de revendications sociales, économiques et surtout politiques exprimées ouvertement, ont toujours été entachés de violence. La réitération de ces mouvements populaires est en quête, depuis 1843 à aujourd’hui, de la matérialisation d'un régime démocratique, de la modernisation économique et de l’intégration sociale de la grande majorité des populations déshéritées.
Le terme de mouvements populaires1 se réfère aux types d’action collective réalisée de façon violente ou pacifique par des ensembles importants de citoyens ou d’aspirants citoyens, lesquels dans leur grande majorité, proviennent de secteurs défavorisés et/ou subalternes de la population, et visent à exprimer en commun leurs griefs, leur mécontentement et matérialiser leurs vœux. On retrouve incontestablement cette filiation de la violence dans le comportement collectif des individus et pourrait s'expliquer simplement parce que les mouvements populaires ne sont pas généralement fondés sur la rationalité individuelle. Soit parce qu’ils sont traversé par l’expression d’un ensemble de passions irrationnelles, c’est le point de vue autour duquel se regroupent les théoriciens du paradigme psychosociologique. Soit parce qu’ils constitueraient une réponse naturelle aux contradictions sociales, économiques et politiques ou aux mécontentements de la société, c’est la perspective que semble paradoxalement partager les théoriciens postmarxistes et ceux du pluralisme démocratique.
Les mouvements populaires émaillés de violences collectives partent souvent de modèle implicite de celui des mouvements de foule, négatifs et destructifs. Ils sont devenus comme des éruptions colériques qui tiennent du ‘‘modèle volcanique’’ car l’unité mentale des foules selon laquelle l’individu plonge dans une foule à tendance à perdre son discernement et à se laisser porter par le mouvement. La loi de la foule pour reprendre Gustave LeBon2 , peut libérer les instincts les plus bas de ceux qui la composent ; elle est devenue un jouet aux mains de meneurs qui peuvent exercer sur elle un pouvoir hypnotique.

Crédit photo : France24
Par contre, les mouvements populaires, au sens des mouvements sociaux3, sont considérés pour les marxistes comme action collective qui est une réponse immédiate à la prise de conscience des inégalités de classe, ceux-ci étant le résultat inéluctable des évolutions économiques infrastructurelles. Les pluralismes démocratiques, qui sont d'accord en partie avec les marxistes, s’accordent pour penser que tout intérêt est voué à trouver un mouvement pour le défendre. Ainsi, le simple plaisir d’en découdre avec l’autorité, dès lors revient la charge des responsables des mouvements de justifier la violence, de lui offrir un discours de légitimation, bref de la transformer en ressource politique pour servir la mobilisation. De là, la violence n’est plus le fruit d’un sursaut de haine incontrôlée, comme le pensent si bien les psychosociologues, mais la réponse obligée à une violence d’État. Cette violence instrumentale vise alors un objectif précis, utilisant la force à des fins pour amplifier le désaccord pernicieux avec la société.
La violence est une tradition dans les mouvements populaires en Haïti. Il s’agit d’un processus permanent qui traduit l’expérience d’intolérance des individus face à une situation donnée. Elle est apparue depuis toujours dans les revendications des mouvements populaires comme une sorte d’approbation et le seul moyen efficace pour se faire entendre. Les stigmates de la violence à travers les saccages dans les rues, le pillage des biens publics et privés, le cloisonnement environnemental du territoire, la vassalisation des intitutions, la mise en feu de peu d’infrastructures publiques et privées. Le regain moral et solidaire de la société est devenu problématique par l'enjeu individualiste des acteurs menant la pression collective et la destruction de toutes sortes a hanté la société dans toutes ses composantes.

Crédit photo : Rezonòdwès
Bien qu’ils ne soient pas tous livrés à des actes de violence, mais la tendance des acteurs ne s’oppose pas aux actions violentes observées lors de leur mouvement car la violence est toujours dans ces mouvements populaires une réponse à une situation considérée comme insupportable et injuste, mais dans la mesure où elle contribue réellement à un changement social dans la situation dénoncée.
Le problème de la violence dans les mouvements populaires en Haïti est qu’elle rend hypothétique l’essence même de la finalité des revendications. Avec la permanence de la violence les mouvements populaires n’ont jamais aboutit à leur objectif déterminant, lequel devrait faciliter les avancées sociales, économiques et politiques. Au contraire, elle reste toujours l’élément qui délégitime les mouvements populaires même lorsqu'ils arrivent à bout des gouvernements dénoncés, mais la société en soi est en mal de développement.
Ce qui ne doit pas échapper à la compréhension de la violence comme facteur strategique déterminant et permanent dans les mouvements populaires c’est la logique de différence entre intérêt personnel et une cause désintéressée. Ce qui devrait être fondamental est délaissé et trahi par la pratique de la violence des acteurs. Et, malgré son approfondissement, les mouvements populaires en Haïti, pour abonder dans la logique des veritables actions collectives d'Alain Touraine4, n’ont jamais été de véritables actions collectives, ils n’ont jamais dépassé les simples revendications d’un groupe ou d’une classe pour mettre en cause la domination établie et viser le contrôle du développement de la société haïtienne.
Références
1- HECTOR, M., Crise et Mouvements populaires en Haïti, 2eme Edition, Presses Nationales d’Haïti, Port-au-Prince, 2006
2- GUSTAVE, L. B., la psychologie des foules, ALCAN, Paris, 1895
3- NEVEU, E., Sociologie des mouvements sociaux, La Decouverte, Paris, 1996
4- OLSON, M., Logique de l'action collective, PUF, 1965
Peterson BLANC
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