À chaque tragédie, le rituel usé des condoléances officielles

À la majestueuse Citadelle Laferrière, symbole de résistance et fierté nationale, le décor s’est transformé en scène de deuil le 11 avril. Des familles brisées, des corps alignés, des survivants hébétés. Et, les habitudes ayant la vie dure, le balai des communiqués a débuté. Parmi eux, figure celui du gouvernement dirigé par Alix Didier FILS-AIMÉ qui a exprimé sa « profonde tristesse ». Condoléances, solidarité, mobilisation des autorités compétentes, enquête en cours, jours de deuil national, etc. : le rituel est désormais bien rodé.

Crédit Photo: VBI
À chaque tragédie, le rituel usé des condoléances officielles

À chaque catastrophe, le même enchaînement. L’émotion officielle. Les mots lourds de gravité. L’annonce d’investigations « pour faire toute la lumière ». Puis le silence. Les conclusions ? Rarement rendues publiques. Les responsabilités ? Dilution progressive. Le temps fait son œuvre. Le pays, lui, encaisse.

Ce drame à la Citadelle soulève pourtant des questions simples. Combien de visiteurs peuvent accéder au site en toute sécurité ? Les dispositifs de contrôle sont-ils adaptés ? Qui supervise réellement l’organisation des activités autour de ce monument classé patrimoine mondial par l’UNESCO ? Et surtout : fallait-il attendre un nouveau drame pour s’interroger ?

Dans son communiqué, la Primature affirme que « toutes les autorités compétentes sont pleinement mobilisées » et que la situation est suivie « avec la plus grande attention ». Mais gouverner, est-ce suivre avec attention ce qui vient de se produire ? Ou empêcher que cela ne se produise ? Le problème haïtien, au fond, est là. Une gouvernance de réaction. Rarement de prévention. On compatit. On condamne. On promet des enquêtes. On décrète des journées de deuil. Trois jours cette fois. Le drapeau en berne. Les radios en programmation spéciale. Puis la vie reprend, dans son chaos ordinaire.

Les familles affectées n’ont pas besoin de symboles. Elles auraient préféré des mesures concrètes avant le drame : encadrement strict des activités, normes de sécurité respectées, présence effective des autorités sur le terrain. La prévention coûte moins cher que les funérailles. Mais elle exige planification, rigueur, suivi. Des vertus rares dans un État débordé par l’urgence permanente.

 « Enquête en cours », l’expression revient comme un refrain. Pourtant, combien de rapports d’enquête publiés ces dix dernières années ont réellement conduit à des sanctions, à des réformes structurelles, à des changements visibles ? La défiance s’installe parce que la mémoire collective est saturée de promesses non tenues. L’annonce d’investigations n’apaise plus. Elle suscite un haussement d’épaules.

Dans un pays où l’insécurité gangrène les quartiers, où les routes se dégradent sans entretien, où les infrastructures touristiques manquent de supervision constante, chaque tragédie semble moins accidentelle que systémique. Comme si le drame était inscrit dans l’improvisation permanente. Une réalité qui ne cadre pas avec la vision Henri Christophe qui a érigé la Citadelle pour incarner sa volonté de mettre en place un État fort, organisé et visionnaire. Une forteresse pensée pour durer, pour protéger et affirmer la souveraineté. Deux siècles plus tard, c’est au pied de cette œuvre monumentale que l’État contemporain donne l’impression de courir derrière les événements.

La Citadelle attire des milliers de visiteurs chaque année. Elle représente un potentiel touristique majeur pour le Nord et pour le pays tout entier. Mais le tourisme ne se limite pas à des panoramas et des brochures. Il repose sur la sécurité, l’encadrement, la responsabilité. Sans cela, le patrimoine devient vulnérable, les visiteurs aussi.

Face au drame, l’émotion est bien sûr légitime. Les condoléances sont nécessaires. L’État doit soutenir les familles, prendre en charge les blessés, accompagner les communautés frappées par le deuil. Mais la question demeure : quand passera-t-on d’une culture de la réaction à une culture de la prévention ? Car ce drame n’est pas qu’un accident isolé. Il s’inscrit dans une série de malheurs où l’État intervient après coup, rarement avant. Tant que l’action publique se limitera à exprimer sa sympathie et à promettre des enquêtes dont les conclusions se perdent dans les tiroirs administratifs, les tragédies continueront de surprendre ceux qui n’avaient pas vu le malheur arriver. Et, comme à chaque fois, on comptera les morts et les jours de deuil.

Stevens JEAN FRANCOIS


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