Saint-Marc sous tension : colère populaire et violences sur fond d’impuissance sécuritaire

Depuis le week-end dernier, la ville de Saint-Marc vit au rythme des barricades et des affrontements. À l’origine de cette flambée de violence : les massacres répétés à Jean-Denis et un sentiment grandissant d’abandon face à l’inaction des autorités et des dispositifs sécuritaires, nationaux comme internationaux.

Crédit Photo: Le Nouvelliste
Saint-Marc sous tension : colère populaire et violences sur fond d’impuissance sécuritaire

Le centre-ville de Saint-Marc s’est transformé en zone de turbulences depuis le samedi 3 mai. Des groupes d’individus, cagoulés et armés de bâtons, de machettes etc. ont pris d’assaut la route nationale numéro 1 ainsi que plusieurs axes secondaires. Leur mot d’ordre : contraindre la commune à se solidariser avec Jean-Denis, une localité voisine durement frappée ces derniers jours par des attaques sanglantes attribuées aux gangs de Savien et de Kokorat San Ras.

Très vite, la paralysie s’est installée. Pneus enflammés, carcasses de véhicules abandonnées, barricades improvisées : le décor traduit une ville à bout de souffle. Les services publics ont été pris pour cible, des institutions financières attaquées, des écoles menacées. Au marché public, les commerçants n’ont eu d’autre choix que de plier bagage sous la pression.

Hier lundi, la mobilisation a pris une nouvelle tournure. À l’appel de l’Association des victimes des massacres de Jean-Denis (AVMJ), des habitants en colère ont intensifié leurs actions. Plusieurs sites symboliques ont été visés, parmi lesquels la SOCOLAVIM, le commissariat de Saint-Marc, la résidence de la présidente de la commission exécutive intérimaire, Myriam Fièvre, ainsi que le Brandy Hôtel, où se trouvait le commissaire principal de l’arrondissement, Lyvenson Gauthier. Des jets de pierres et de bouteilles ont également visé des entreprises majeures, dont la SOGEBANK.

En toile de fond, un sentiment d’abandon qui ne cesse de s’amplifier. Car si la colère s’exprime dans la rue, elle vise aussi, de manière plus diffuse, l’incapacité persistante des forces de l’ordre à contenir la progression des groupes armés. Malgré les annonces répétées et la présence de missions étrangères censées appuyer la sécurité, les résultats concrets tardent à se matérialiser. Dans l’Artibonite comme ailleurs, les gangs continuent d’étendre leur emprise, multipliant attaques et massacres, souvent sans réponse dissuasive.

Face à cette situation, plusieurs organisations politiques du Bas-Artibonite ont pris position. Tout en condamnant fermement les violences à Saint-Marc, elles pointent du doigt « le silence et l’inaction des autorités de l’État face à l’insécurité ». Des structures comme KONSA, FEOBA, MOPOSS, KONBA ou encore OCENH se démarquent des débordements, tout en reconnaissant la légitimité des revendications des populations affectées.

Du côté des manifestants, le ton se durcit. Le président de l’AVMJ évoque une mobilisation appelée à se radicaliser. Il affirme que les protestataires exigent une intervention rapide et efficace contre les gangs dans l’Artibonite. Selon lui, des affrontements avec la police ont déjà fait des victimes et conduit à plusieurs arrestations. « Les prochains jours seront tragiques », prévient-il, évoquant une détermination croissante à faire face aux forces de l’ordre.

Les autorités judiciaires, elles, tentent de maintenir une ligne de fermeté. Contacté par Le Nouvelliste, le commissaire du gouvernement de Saint-Marc, Me Venson François, reconnaît le droit des citoyens à exprimer leur frustration, mais dans les limites fixées par la loi. Pour lui, toute dérive violente doit être réprimée sans ambiguïté. « Ceux qui troublent la paix publique ne sont pas des manifestants, ce sont des bandits », tranche-t-il.

Dans la ville, des voix de la société civile appellent au calme. Mais leurs appels peinent à couvrir le bruit des barricades et la colère d’une population qui ne croit plus aux promesses. Entre violences urbaines et insécurité chronique, Saint-Marc illustre une réalité plus large : celle d’un pays où l’autorité de l’État s’effrite, et où les réponses attendues, qu’elles viennent de l’intérieur ou de l’extérieur, se font toujours attendre.

Source : Le Nouvelliste

Paul MARTIAL


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