En attendant le « blanc »
Ce 11 novembre 2024, le Secrétariat général de la Primature a invité les Ministres et Secrétaires d’État à prendre part à la cérémonie de remise d’ampliation au nouveau Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé. Cette initiative, qui symbolise la fin d’un conflit remarquable entre Garry Conille et le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), soulève néanmoins des questions profondes sur la légitimité de cette nomination, celle-ci étant conditionnée non pas par la validation des parties prenantes nationale mais plutôt des missions diplomatiques souvent désignées sous le terme de « blanc ». Un fait qui met en exergue une réalité préoccupante de la dynamique politique actuelle en Haïti.
La présence de diplomates étrangers lors de cette cérémonie a suscité un sentiment de satisfaction chez certains acteurs politiques, considérée par ceux-ci comme une validation du nouveau gouvernement. La participation des représentants étrangers semble, en effet, marquer un tournant significatif dans le paysage politique haïtien. À titre d’exemple, lors de l’investiture de Leslie Voltaire, le soutien des « blancs » s’est avéré être un élément déterminant pour légitimer une administration, qu’il s’agisse d’un Président élu, d’un gouvernement ou d’un Directeur Général de la Police Nationale d’Haïti (PNH).
Ce constat soulève des interrogations quant à la souveraineté d’Haïti et à l’indépendance de ses institutions. L’influence croissante des pays étrangers dans les affaires nationales met en lumière une dérive où les gouvernements doivent naviguer entre des attentes externes et les réalités internes, souvent tumultueuses. Alors que le passé a été marqué par des interventions directes et des manipulations, le présent semble se caractériser par une pression plus subtile mais tout aussi efficace.
L’histoire nous enseigne que le soutien international a parfois été utilisé pour favoriser des changements de régime plutôt que d’encourager un développement durable et autonome. Les épisodes de déstabilisation à travers le financement de mouvements insurrectionnels ont laissé des traces profondes dans la conscience collective haïtienne. Actuellement, alors que les dirigeants nationaux se trouvent souvent entre deux feux, pris en étau par des demandes externes et les attentes de leur propre population, ils se voient contraints d'accepter des compromis qui pourraient compromettre leur indépendance.
La situation devient d’autant plus inquiétante lorsque l’on observe que les pays supposément « acteurs de stabilisation » contribuent, par divers moyens, à l’armement de groupes criminels locaux. Face à cette réalité, les dirigeants se retrouvent dans une position précaire : agir contre des intérêts étrangers pourrait les mener à l’exil, tandis que céder à ces pressions pourrait les faire perdre de vue leur rôle de serviteurs du peuple. L’exemple tragique de l’assassinat de Jovenel Moïse montre portant que la liste des options peut être plus courte.
La nomination d’Alix Didier Fils-Aimé, bien que placé sous le signe d’un nouveau départ pour Haïti, doit être analysée dans un contexte plus large, où les enjeux de souveraineté, de légitimité et d’indépendance sont constamment remis en question. Il est impératif que les dirigeants haïtiens réévaluent leur position face aux influences externes et qu’ils travaillent de concert pour établir un cadre politique qui favorise véritablement la prospérité et le bien-être de leur peuple, loin des manipulations historiques qui ont trop longtemps entravé la voie vers un avenir meilleur.
Stevens JEAN FRANÇOIS
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