De Gary Conille à Alix Didier Fils-Aimé le refrain n'a pas changé
Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le jeudi 23 avril 2026, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé n’a pas cherché à arrondir les angles. Le ton était direct, presque tranchant par moments. Face aux représentants des grandes puissances, il a dit ce que Gary Conille avait répété depuis des mois : Haïti ne peut plus attendre que les promesses se matérialisent.
Le chef du gouvernement, entouré notamment de la ministre des Affaires étrangères Raina Forbin, de Sandra Paulemon à la Planification, de Me Guerly Leriche et de l’ambassadeur Ericq Pierre, s’est exprimé dans un contexte où la réalité du terrain continue à dicter l’urgence. Dans la plaine du Cul-de-Sac comme dans certaines zones de l’Artibonite, les affrontements entre groupes armés et les attaques contre les civils maintiennent une pression constante sur une population déjà à bout.
Le message du PM, lui, était limpide. « Haïti n’a pas besoin de promesses, mais d’actions », a-t-il martelé. Une phrase courte, presque sèche. Mais qui résume l’essentiel de son intervention. Derrière, une frustration à peine voilée : celle d’un décalage persistant entre les engagements internationaux et leur concrétisation.
Ce n’est pas la première fois qu’un Premier ministre haïtien adopte ce registre. Difficile, en l’écoutant, de ne pas penser à Garry Conille. En novembre 2024, lors d’un forum citoyen, ce dernier avait lui aussi dénoncé, sans détour, les insuffisances de l’aide internationale. Il parlait déjà de promesses non tenues, d’équipements refusés, d’un appui jugé inadapté à la nature de la crise.
À l’époque, Garry Conille évoquait une « guérilla urbaine » et insistait sur la nécessité de moyens concrets : drones, hélicoptères, capacités d’intelligence. Il allait plus loin encore, mettant en cause l’approche même de l’assistance internationale. Une sortie qui, selon plusieurs observateurs, lui avait coûté une partie de ses appuis à l’extérieur et, du coup, conduit à son limogeage.
Aujourd’hui, la posture de Alix Didier Fils-Aimé semble s’inscrire dans une ligne comparable, même si le ton se veut plus diplomatique, plus calibré. Mais le fond, lui, reste étonnamment proche. Le Premier ministre parle de l’urgente nécessité d’un soutien « rapide, concret et renforcé », insiste sur l’obligation d’un déploiement complet de la force internationale et souligne la fragilité des avancées actuelles. Il y a, dans ce discours, un équilibre délicat. D’un côté, la nécessité de dire les choses telles qu’elles sont, sans détour, sans habillage inutile. De l’autre, le risque bien réel de froisser des partenaires dont dépend, en grande partie, la réponse sécuritaire attendue.
C’est là que le parallèle avec 2024 devient intéressant. Car si les critiques de Garry Conille avaient trouvé un écho favorable dans l’opinion publique locale, elles avaient, en coulisses, suscité des crispations. Certains diplomates évoquaient alors un discours jugé trop frontal, peu compatible avec les codes feutrés des relations internationales.
Le Premier ministre actuel marche donc sur une ligne fine. Très fine. Il appelle à l’action, souligne les retards, insiste sur l’urgence mais sans rompre le dialogue. Une nuance importante. Essentielle, même. Dans son intervention comme dans ses rencontres à Washington et à New York, plus d’une quinzaine en deux jours, la sécurité est restée le fil conducteur. Avant les élections, avant les réformes, avant même toute projection économique. « Sans sécurité, il ne peut y avoir ni démocratie ni développement », a-t-il rappelé.
Une évidence, diront certains. Mais une évidence qu’il faut encore convaincre de traduire en actes. Reste une question, en suspens : jusqu’où peut-on pousser ce type de discours sans en payer le prix diplomatique ? L’expérience récente montre que la marge de manœuvre est étroite. Très étroite. En reprenant, même partiellement, les accents de son prédécesseur, Alix Didier Fils-Aimé envoie un signal clair. Celui d’un gouvernement qui refuse de se contenter de déclarations d’intention.
Mais dans le jeu complexe des relations internationales, la franchise, aussi légitime soit-elle, n’est jamais sans conséquence.
Stevens JEAN FRANÇOIS
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