Cap-Haïtien ville sinistrée
Cap-Haïtien la capitale touristique et historique d’Haïti, selon certains, est aujourd’hui étranglée par le temps et l’abandon. Résultant d'une catastrophe humaine, ce constat marque pourtant l’urgence d’un réveil collectif : les infrastructures manquent, les chaussées se délitent, les immondices s’accumulent et les eaux usées n’ont plus d’issue. Résultat : des artères fermées, des commerces paralysés, des familles isolées et une population qui cherche à s’adapter à cette nouvelle réalité au lieu d’exiger de meilleures conditions de vie.
La dégradation des routes n’est pas qu’une question d’esthétique ou de confort ; elle entrave la vie quotidienne, perturbe l’économie locale et met en danger la sécurité des habitants. Quand les nids-de-poule se transforment en tranchées, les véhicules s’abîment, les secours ralentissent et les promesses d’un développement durable paraissent lointaines. À cela s’ajoutent des problèmes structurels d’évacuation des eaux usées : bassins d’eau stagnante en bordure des quartiers, ruelles inondées après chaque pluie et un réseau d’évacuation des eaux usées à bout de souffle. Des conditions qui nourrissent non seulement la désolation urbaine mais, aussi, les risques sanitaires.
Autre visage de la crise : les décharges informelles. Les piles d’ordures, visibles aux carrefours et le long des routes principales, témoignent d’une collecte inefficace et d’une gestion des déchets qui reste artisanale. Ces dépôts sauvages bloquent les canalisations, accélèrent la dégradation des voiries et contribuent à la prolifération d’insectes et de maladies. Le fait que des quartiers entiers deviennent quasi-inaccessibles après une forte pluie est une alerte rouge pour tous ceux qui aiment la ville.
Face à ce scénario, la tentation du fatalisme est dangereuse. Il est nécessaire d’inscrire une réaction collective dans un cadre concret et pragmatique. Première urgence : réhabiliter et prioriser les axes de circulation essentiels en intervenant sur les points où la chaussée est la plus abîmée. Deuxième priorité : appliquer un plan de gestion des eaux pluviales et usées, combinant travaux de curage, réhabilitation des canalisations et création de bassins de rétention quand c’est possible. Troisième action urgente : organiser une campagne de collecte des déchets et mettre en place des points de dépôt temporaires, puis permanents, pour rompre la chaîne des dépôts sauvages.
Ces mesures demandent des moyens, certes, mais surtout une gouvernance responsable et une coordination entre autorités municipales, société civile, entreprises locales et partenaires internationaux. La ville a besoin d’un plan de court terme pour réparer et d’une stratégie de long terme pour prévenir. Les habitants doivent être associés : la responsabilisation citoyenne alliée à des structures de collecte et de recyclage réduira durablement les nuisances.
Cap-Haïtien n’est pas condamné à rester une ville sinistrée. Elle porte des traces de grandeur et de vie qui méritent d’être protégées. Retourner la situation nécessitera du courage politique, de la transparence dans l’utilisation des fonds et une volonté réelle d’agir dès maintenant. Sinon, la ville continuera de s’éroder, non seulement physiquement, mais dans le regard que ses propres habitants portent sur leur avenir. Et c’est à cela que nous, citoyens et décideurs, devons mettre fin.
Paul MARTIAL
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