Qui partira et qui restera ?

À quelques jours de l’échéance du 7 février, la question n’est plus seulement de savoir si le Premier ministre restera en poste. Elle est devenue le révélateur d’une transition à bout de souffle, minée par les divisions internes, placée sous surveillance internationale et incapable, jusqu’ici, de produire la stabilité minimale promise au pays.

Qui partira et qui restera ?

Jeudi 22 janvier, tôt dans la matinée, Smith Augustin, conseiller présidentiel, a confirmé au Nouvelliste par message WhatsApp qu’il maintenait sa signature en faveur de la révocation du Premier ministre. « Quatre autres collègues et moi avons signé », a-t-il écrit. Cette clarification intervient après des informations contradictoires ayant circulé la veille au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT), selon lesquelles une signature aurait été retirée après l’adoption de la résolution.

Selon une source interne du plus ancien quotidien de la République au CPT, Fritz Alphonse Jean, Leslie Voltaire, Louis Gérald Gilles, Edgard Leblanc Fils et Smith Augustin sont les cinq conseillers ayant endossé le document appelant à la révocation du chef du gouvernement. Aucun d’entre eux, contacté par Le Nouvelliste, n’a souhaité réagir officiellement. Ce silence contraste avec la gravité de l’acte posé : remettre en cause l’exécutif à moins de deux semaines de la fin du mandat même du Conseil présidentiel.

Face à cette initiative, la riposte n’a pas tardé. Dans une correspondance adressée mercredi soir aux autres membres du CPT, son coordonnateur, Laurent Saint-Cyr, a exprimé son opposition frontale à toute tentative de déstabilisation gouvernementale à l’approche du 7 février. Il y dénonce une « précipitation » et met en garde contre des décisions majeures prises sans «dialogue élargi, structuré et véritablement représentatif », rappelant implicitement la fragilité de la légitimité politique du dispositif transitoire.

Mais au-delà des divergences internes, c’est surtout la réaction de la communauté internationale qui donne à cette séquence politique une portée particulière. Mercredi soir, l’ambassade des États-Unis en Haïti a publié un communiqué inhabituellement ferme, mettant en garde le CPT contre toute modification de la composition du gouvernement à ce stade avancé de son mandat. Pour Washington, une telle initiative serait perçue comme une manœuvre visant à « saper l’objectif de stabilité minimale », et serait donc considérée comme « nulle et non avenue ».

Le message américain va plus loin. Il avertit que toute personne soutenant une démarche jugée déstabilisatrice, et indirectement favorable aux gangs armés, s’exposerait à des conséquences. Rarement la diplomatie américaine aura exprimé de manière aussi explicite sa ligne rouge dans le contexte de la transition haïtienne.

Cette prise de position fait écho aux inquiétudes formulées quelques heures plus tôt par le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Haïti, Carlos Gabriel Ruiz Massieu, devant le Conseil de sécurité. Le pays, a-t-il déclaré, est entré dans une « phase critique » de son processus de restauration des institutions démocratiques. Avec la fin annoncée du mandat du CPT le 7 février, Haïti ne peut plus se permettre, selon lui, de « gaspiller du temps dans des luttes intestines prolongées ».

Le diplomate onusien a appelé les acteurs nationaux à contenir la fragmentation politique, à préserver une continuité institutionnelle minimale et à concentrer leurs efforts sur l’organisation des élections. Son message, sans ambiguïté, sonne comme un avertissement : l’impasse politique actuelle menace non seulement la transition, mais aussi la crédibilité même du processus de sortie de crise.

Derrière la question « Qui partira et qui restera ? » se joue donc bien plus qu’un affrontement de personnes. C’est la capacité de la transition à agir en gardienne de l’intérêt général qui est en cause. À force de résolutions contradictoires, de signatures contestées et de calculs à court terme, le CPT donne l’image d’un pouvoir absorbé par ses propres fractures, alors que le pays s’enfonce dans l’insécurité, la paralysie économique et la détresse sociale.

À quelques jours de l’échéance, une certitude s’impose : quelle que soit l’issue de ce bras de fer, la transition haïtienne aura manqué l’occasion de démontrer qu’elle pouvait s’élever au-dessus des querelles internes. Et la question qui se profile déjà n’est plus seulement celle du départ d’un Premier ministre, mais celle de ce qui restera, le 8 février, d’une autorité politique déjà largement contestée.

Stevens JEAN FRANÇOIS


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