Cap-Haïtien : ce chemin du Calvaire

À Cap-Haïtien, le Chemin de Croix n’a jamais été qu’une simple procession. C’est un rendez-vous. Une habitude ancrée. Un moment où la ville ralentit, où les voix s’unissent, où la foi prend la rue. Mais cette année, à moins de vingt-quatre heures du traditionnel parcours du vendredi saint, l’ambiance n’est pas tout à fait la même. Il y a la ferveur, oui. Et puis il y a les flaques d’eau. La boue. Les routes défoncées. Et avec elles, une question qui revient dans les conversations : faut-il vraiment maintenir le trajet habituel ?

Cap-Haïtien : ce chemin du Calvaire

Chaque année, des milliers de fidèles partent de la paroisse Saint Jean Bosco, non loin du site historique de Vertières, et gravissent les hauteurs jusqu’au Calvaire Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Quatorze stations. Des chants. Des prières. Des pas lents. Un effort physique qui se veut symbole spirituel. Mais cette fois, l’effort risque d’être d’une autre nature.

« Marcher oui, glisser non », lâche un habitué du parcours. D’autres sont moins légers. Les pluies récentes ont laissé derrière elles des mares boueuses qui transforment certains tronçons en véritables pièges. Les nids-de-poule, déjà profonds, sont désormais invisibles sous l’eau trouble. Avancer sans savoir où poser le pied. Est-ce cela, le recueillement ?

La ville qui se présente volontiers comme la capitale touristique d’Haïti offre en ce moment un décor moins flatteur. Des routes cabossées, des motocyclistes qui chutent, des passants éclaboussés. Ces dernières semaines, plusieurs accidents ont été signalés sur des axes que le cortège doit emprunter. Rien de spectaculaire. Mais suffisamment pour inquiéter.

Et dans les discussions d’après-messe, une suggestion prend forme : pourquoi ne pas adapter le trajet ? Le modifier, exceptionnellement. Préserver l’esprit sans s’entêter sur le tracé. Car au fond, la symbolique est forte. Commémorer la Passion du Christ en trébuchant dans une ville où, chaque jour, d’autres, comme lui sous sa croix d’ailleurs, tombent au sens propre, faute d’infrastructures adéquates. L’image est presque trop parfaite. Trop cruelle aussi.

Du côté de l’archidiocèse, aucun changement officiel n’a encore été annoncé. Les préparatifs suivent leur cours. Les groupes se coordonnent. Les chants sont répétés. Comme chaque année. Reste à savoir combien oseront affronter la boue pour vivre pleinement ces quatorze stations. La foi soulève des montagnes, dit-on. Mais peut-elle éviter les flaques ?

Vendredi, la réponse viendra du pavé. Ou de ce qu’il en reste.

Annie FRANÇOIS


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